Samantha Vidry-Lefrère

Contrairement aux lunettes, les appareils auditifs restent aujourd’hui largement stigmatisés. Beaucoup de personnes portent des lunettes sans même avoir besoin de correction. A l’inverse, de nombreuses personnes refusent l’appareillage auditif à cause de l’image qu’il renvoie, à elles-mêmes comme aux autres.
Euphonia répond à ce problème : l'appareil auditif devient un bijou...et le résultat chez les adolescentes et les jeunes femmes est tout de suite positif !

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Le projet de Samantha

« Je m’appelle Samantha et j’ai créé Euphonia, une boutique de bijoux pensés pour les appareils auditifs, accompagnés de boucles d’oreilles.

Cela faisait déjà plusieurs années que j’étais appareillée – tardivement, malgré une surdité congénitale – sans jamais réussir à accepter cet objet que je trouvais impersonnel, honteux, pesant. Pourtant, je n’ai jamais été du genre à me laisser faire dans une situation qui ne m’allait pas. J’estimais que j’avais mieux à faire que d’en avoir honte, et que ne pas en parler, ou en parler comme si j’étais au pied du mur, ne faisait que me ralentir dans ma vie.

J’ai donc commencé à réfléchir à une manière de l’accepter. Au fil de mes réflexions, de discussions et de témoignages d’autres personnes appareillées à travers le monde, j’ai eu l’idée de me fabriquer un bijou pour appareil auditif – une tendance de plus en plus présente aux Etats-Unis, dont je voyais l’effet positif chez les adolescentes et les jeunes femmes. J’ai fabriqué mon premier bijou, stressée à l’idée que mon appareil se voie davantage. Et puis j’ai remarqué quelque chose d’inattendu : les gens ne percevaient pas d’emblée qu’il s’agissait d’un bijou pour appareil auditif, mais cela me donnait l’occasion de parler de ma surdité sous un tout autre angle.
Pour la première fois, au lieu de la surprise gênée ou de l’apitoiement, je lisais de l’admiration et de la curiosité bienveillante dans le regard des autres. Je ne parlais plus de ma surdité comme d’un manque, mais comme une différence sur laquelle j’avais créé quelque chose.

Au bout d’un an à porter ces bijoux, j’avais acquis une confiance en moi que je ne soupçonnais pas : je n’hésitais plus à expliquer ma situation, à faire répéter si besoin, j’en éprouvais même une certaine fierté. Mon audioprothésiste, remarquant ce changement, m’a demandé si je pouvais en fabriquer pour des jeunes filles qu’elle suivait. Leur joie, et le fait que certaines personnes m’aient dit trouver dommage de ne pas porter d’appareil auditif pour pouvoir arborer ces bijoux, m’a confirmé que j’avais réussi ce que je cherchais : transformer le regard qu’on porte sur les appareils auditifs, et sur la personne qui les porte. »

En quoi consiste les bijoux Euphonia

Il existe plusieurs types de bijoux pour appareils auditifs ; j’en privilégie deux. Les bijoux de sûreté, accrochés à la fois à l’appareil et à un autre point d’ancrage (lobe d’oreille, cheveux, vêtement), qui évitent de perdre son appareil en cas de chute. Et les pendants, purement décoratifs, qui fonctionnent comme des boucles d’oreilles fixées sur l’appareil auditif. Les deux se fixent grâce à un support en silicone compatible avec la grande majorité des contours d’oreille et des implants, en trois tailles différentes.

Confort, esthétique, compatibilité avec le plus grand nombre d’appareils, choix des matériaux pour contourner les allergies et s’adapter à tous les budgets : ce sont les préoccupations qui ont guidé chaque étape de la conception.

Chaque bijou appartient à une collection qui porte le nom d’une déesse issue d’une mythologie du monde, avec un style qui lui est propre. Le nom Euphonia lui-même est un mot inventé, construit à partir du grec, qui signifie « bien entendre » : c’est le nom que j’ai donné à la déesse imaginée pour représenter les personnes sourdes et malentendantes.

J’ai choisi la mythologie parce que j’ai grandi avec ces récits et ces figures symboliques grâce à ma mère, dans une culture où le mythe sert à porter des idées et des morales sans jamais les expliquer de façon frontale, en laissant plusieurs niveaux de lecture possibles. C’est exactement ce que je cherche à recréer avec mes bijoux : de simples accessoires en apparence, qui portent aussi une lecture plus profonde sur l’identité, la perception de soi et le regard des autres.

Le choix de divinités uniquement féminines répond au même besoin : notre époque manque encore de représentations, et ces figures permettent d’ouvrir d’autres imaginaires, loin des représentations figées souvent associées à l’appareillage. Chaque déesse est choisie pour son symbolisme autant que pour l’univers esthétique qu’elle porte, afin que chacune puisse se reconnaître dans un style qui lui ressemble.

 

Sensibilisation : pourquoi ce sujet compte

Contrairement aux lunettes, les appareils auditifs restent aujourd’hui largement stigmatisés. Beaucoup de personnes portent des lunettes sans même avoir besoin de correction, uniquement pour l’esthétique. A l’inverse, de nombreuses personnes refusent l’appareillage auditif à cause de l’image qu’il renvoie, à elles-mêmes comme aux autres. On ne le voit encore que sous un prisme médical, et beaucoup de personnes appareillées qui peinent à l’accepter finissent par avoir l’impression de se perdre, de n’être plus que ça.

Les industries du secteur ont cru répondre à ce problème en rendant les appareils toujours plus invisibles. Je pense que ce n’est pas la bonne réponse : tant qu’on ne reprend pas le pouvoir sur cette image, l’appareil auditif continuera d’être perçu comme un signe de faiblesse ou de vieillesse, comme un tabou dont il ne faut pas parler.

C’est pour cela qu’Euphonia existe. Mon objectif est de montrer aux personnes appareillées qu’elles peuvent accepter leur surdité avec fierté, redevenir pleinement qui elles souhaitent être, et que cet appareil ne doit pas être un frein social. Pouvoir exprimer sa personnalité, même à travers une difficulté médicale, aide à mieux vivre, mieux s’intégrer, aller plus loin. Je veux que chacun puisse choisir comment il souhaite être vu, plutôt que de subir l’image que la société projette sur lui. Et qui sait ? Peut-être qu’à plus long terme ces appareils seront si normalisés que, comme pour les lunettes, certains en porteront par choix esthétique, sans en avoir besoin ?

Le rôle de BGE dans le parcours d’Euphonia

Je suis arrivée à BGE avec une idée encore vague : je savais ce que je voulais apporter, ce que je voulais faire, mais pas comment y parvenir. BGE m’a été d’une aide immense à tous les niveaux, et j’ai particulièrement apprécié le lien privilégié construit avec ma conseillère.

Les deux choses les plus importantes que cet accompagnement m’a apprises sont de structurer mon projet pour le mener à terme, et d’apprendre à me faire confiance pour le laisser mûrir. Ce sont précisément ces deux piliers – la méthode et la confiance en soi – qui m’ont permis de transformer une intuition personnelle en un véritable projet d’entreprise.

Aujourd’hui, quand je regarde le chemin parcouru depuis mon premier bijou fabriqué pour moi-même jusqu’à une boutique qui aide d’autres personnes à s’accepter, je mesure à quel point cet accompagnement a été déterminant.

Euphonia est avant tout une invitation : celle de porter son appareillage avec fierté plutôt qu’avec gêne. J’espère que mon parcours pourra, à sa modeste échelle, inspirer d’autres personnes à transformer ce qui les différencie en quelque chose dont elles peuvent être fières.

« Samantha VIDRY‑LEFRERE a été accompagnée au sein de BGE AURA dans une trajectoire progressive, structurée en trois étapes complémentaires. Elle a d’abord intégré un parcours Activ’Créa, qui lui a permis de clarifier ses motivations, de poser les bases de son projet EUPHONIA et d’acquérir la méthodologie essentielle de la création d’entreprise. Cette première étape a servi à confirmer l’adéquation personne‑projet, à préciser son offre de bijoux adaptés aux appareils auditifs et à situer son projet dans un marché de niche à forte dimension inclusive.

À l’issue de ce parcours, Samantha a poursuivi avec un parcours de structuration, centré sur la consolidation de son étude de marché, la construction de son modèle économique, le travail sur le prévisionnel financier et le choix du cadre juridique le plus adapté. Ce second volet d’accompagnement a permis d’enrichir et de fiabiliser l’ensemble des composantes techniques de son projet, tout en renforçant ses compétences commerciales et marketing.
Une fois ces fondations posées, Samantha a intégré l’incubateur de BGE, dans une logique de mise en œuvre et d’accélération de son projet. L’incubateur lui offre un cadre propice au test de son offre, à la montée en visibilité de sa marque et à la sécurisation des premières étapes de lancement. »

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